La maladie

Le méningocoque (Neisseria meningitidis) est une bactérie présente dans la gorge de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet directement d'un porteur à une autre personne par l'intermédiaire de gouttelettes de salive. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut traverser la muqueuse, atteindre la circulation sanguine et finalement entraîner une infection dite invasive (méningite ou septicémie) dont l'évolution peut conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection à méningocoque, qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois.

Les infections invasives à méningocoque sont des maladies à déclaration obligatoire et la caractérisation des souches invasives est assurée par le Centre National de Référence des méningocoques (Institut pasteur Paris).

Il existe une saisonnalité des infections invasives à méningocoque, le pic annuel en France étant généralement observé en février ou mars.

Neisseiria meningitidis est une bactérie très variable, expliquant que plusieurs sérogroupes sont identifiés, parmi lesquels les cinq suivants ont une importance particulière : A, B, C, W et Y auparavant, celui-ci était appelé W135). Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre.

Dans les pays du Nord, la maladie est moins fréquente mais certaines souches sont très virulentes ; les médias se font souvent l'écho de cas d'autant plus dramatiques qu'ils concernent des sujets jeunes auparavant en parfaite santé.

Les recommandations vaccinales

Il existe des recommandations générales (déterminées uniquement par l'âge ou le sexe) et des recommandations particulières, parmi lesquelles on individualisera les recommandations professionnelles et pour les voyageurs.

Les recommandations générales

Nouveau 2017. Conformément à l'avis du 9 décembre 2016, la vaccination contre le méningocoque de sérogroupe C est recommandée chez les nourrissons à l'âge de 5 mois avec une dose de vaccin méningococcique C (vaccin Neisvac®) suivie d’une dose de rappel à l’âge de 12 mois (dans la mesure du possible avec le même vaccin). La vaccination dès l'âge de 5 mois est une mesure transitoire décidée en 2017, du fait de l’absence d’immunité de groupe, elle-même due à une couverture vaccinale insuffisante chez les enfants, adolescents et adultes jeunes. Un intervalle minimum de six mois sera respecté entre l’administration des deux doses. La dose administrée à l'âge de 12 mois peut être co-administrée avec le vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole. 

À partir de l’âge de 12 mois et jusqu’à l’âge de 24 ans révolus, pour ceux n’ayant pas reçu de primovaccination antérieure, le schéma vaccinal comporte une dose unique de vaccin monovalent méningococcique C.

Lorsqu'une protection étendue aux sérogroupes A, W et Y est nécessaire, la recommandation vaccinale contre les infections invasives à méningocoque C sera respectée si un vaccin méningococcique quadrivalent conjugué est utilisé.

L’obtention d’une immunité de groupe par la vaccination étendue aux enfants de plus de 12 mois, adolescents et adultes jeunes est un enjeu majeur de santé publique.

Les recommandations particulières

1. Sujets présentant une réceptivité accrue aux infections invasives à méningocoque

Les personnes ayant l'une des caractéristiques suivantes devraient bénéficier d’une protection durable et étendue aux sérogroupes A, W et Y du méningocoque :

  • Déficit en fraction terminale du complément ou traitement anti-C5A ; 
  • Déficit en properdine ;
  • Asplénie (absence de rate) anatomique ou fonctionnelle;
  • Greffe de cellules souches hématopoiétiques. 

Suivant l'AMM des vaccins quadrivalents ACWY conjugués, Menveo peut être utilisé dès l'âge de 2 ans, Nimenrix à partir de l'âge de six semaines (modification de l'AMM en novembre 2016). 

2. Recommandations autour d'un cas d'infection invasive à méningocoque (IIM) ACWY

La vaccination est recommandée pour les sujets contacts d'un cas d'IIM de sérogroupe A, C, W ou Y, dans les conditions prévues par l'instruction relative à la prophylaxie des IIM actualisées en 2014 : vaccin conjugué méningococcique C en cas d'infection invasive due au sérogroupe C ; vaccin tétravalent conjugué ACWY en cas d'infection invasive à méningocoque A, W ou Y à partir de l'âge de 6 semaines (Nimenrix, depuis novembre 2016) ou 2 ans (Menveo). Entre 6 mois et un an, seul le vaccin méningococcique bivalent non conjugué A+C pouvait être utilisé contre les infections invasives à méningocoque du groupe A, avant que le vaccin Nimenrix n'obtienne en novembre 2016 une autorisation pour une utilisation à partir de l'âge de 6 semaines. 

La vaccination doit être alors réalisée au plus tard dans les dix jours après le dernier contact avec le cas index.

3. Nouvelle recommandation : personnes de 25 ans et plus, résidant en France, qui fréquentent les lieux de convivialité ou de rencontres gays

La détection d'une souche de méningocoque C particulièrement transmissible chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et chez les personnes fréquentant des lieux de convivialité gay a conduit les autorités sanitaires à étendre l'âge de la vaccination contre le méningocoque C aux personnes âgées de 25 ans et plus, résidant en France, qui fréquentent les lieux de convivialité ou de rencontres gays ou qui souhaitent se rendre à un ou des rassemblements gays. Cette recommandation, qui devait initialement être appliquée jusqu'en novembre 2015, a été étendue jusqu'à fin 2016 (avis du 29 janvier 2016).

Les recommandations professionnelles

Une protection durable et étendue aux sérogroupes A, W et Y du méningocoque est souhaitable pour les personnels des laboratoires de recherche travaillant spécifiquement sur le méningocoque.

Les recommandations pour les voyageurs

1. Sujets se rendant dans une zone d’endémie dans des conditions à risque

Notamment pour un séjour dans la "ceinture de la méningite" en Afrique subsaharienne : zones de savane et Sahel, d’Ouest en Est, du Sénégal à l’Éthiopie, au moment de la saison sèche, favorable à la transmission du méningocoque (habituellement hiver et printemps) ou dans toute autre zone où sévit une épidémie, dans des conditions de contact étroit et prolongé avec la population locale :

  • Sujets âgés de 2 mois et plus en cas d’épidémie due au méningocoque de sérogroupe C : avec le vaccin méningococcique C conjugué ; 
  • Sujets âgés de 6 mois et plus en cas d’épidémie due au méningocoque de sérogroupe A : avec le vaccin méningococcique A+C ; 
  • Dès l'âge de 1 à 2 ans en cas d’épidémie due au méningocoque de sérogroupe W ou Y, avec le vaccin méningococcique quadrivalent ACWY conjugué, selon l'AMM des vaccins.

2. Sujets se rendant dans ces zones pour y exercer une activité dans le secteur de la santé ou auprès des réfugiés. 

Utilisation du vaccin méningococcique A,C,Y,W conjugué .

3. Pèlerinage à La Mecque (Hadj et Umra)

Vaccination obligatoire, délivrée uniquement dans les centres de vaccinations internationales. La vaccination doit être réalisée au moins 10 jours avant le départ. Le vaccin méningococcique A + C ne satisfait pas à cette obligation.

  • Dès l'âge de 6 semaines : avec un vaccin méningococcique ACWY conjugué (Nimenrix à partir de l'âge de six semaines, Menveo à partir de l'âge de 2 ans).

Le schéma vaccinal

1. Vaccin monovalent conjugué contre le méningocoque C

  • Nourrissons âgés de 2 à 3 mois révolus :
    - Menjugate et Neisvac : deux doses à au moins deux mois d’intervalle et un rappel au cours de la deuxième année de vie.
  • Nourrissons âgés de 4 à 11 mois révolus :
    - Menjugate : deux doses à au moins un mois d’intervalle et un rappel au cours de la deuxième année de vie ;
    - Neisvac : une dose et un rappel au cours de la 2ème année de vie. 
  • Enfants à partir de l’âge de un an, adolescents et adultes : une dose unique.

2. Vaccin tétravalent conjugué ACWY

  • Nimenrix
    - à partir de l’âge de 6 semaines : deux doses espacées de deux mois et rappel à 12 mois ;
    - à partir de l'âge de 12 mois : une dose unique.
  • Menveo : à partir de l'âge de 2 ans : une dose unique.

Pour les personnes immunodéprimées ou aspléniques : cf. rapport du HCSP du 7 novembre 2014.

Les données épidémiologiques

La situation épidémiologique des infections invasives à méningocoque (qui correspondent aux méningites et aux septicémies) en 2015 a été décrite dans un avis du 29 janvier 2016, mis en ligne sur le site du Haut Conseil de la santé publique le 8 mars 2016, et dans l'avis du 9 décembre 2016, mis en ligne sur le même site le 27 janvier 2017.

En 2015, l'incidence des infections invasives à méningocoque, tous sérogroupes confondus, était de 0,69/100 000 (0,76 après correction pour sous-notification), soit légèrement supérieure à celle observée en 2014 (0,71/100 000). Parmi les infections dues à un sérogroupe connu (n = 436), 54 % étaient de sérogroupe B, 27 % de sérogroupe C, 6 % de sérogroupe W, 12 % de sérogroupe Y et 1 % autre. Cette distribution ne diffère pas de celle observée en 2014.

Cas particulier des infections invasives à méningocoque de sérogroupe C.

En 2015, l'incidence des infections invasives à méningocoque de sérogroupe C était de 0,17/100 000 (0,18 après correction pour la sous-notification) avec 116 cas notifiés. Ces chiffres sont proches de ceux de 2014 (0,20/100 000 après correction et 122 cas notifiés) montrant qu'après une augmentation entre 2010 et 2013 (0,13 à 0,22/100 000), l'incidence a baissé entre 2013 et 2014 et est restée plutôt stable en 2015.

Alors que l'incidence de ces infections avait particulièrement augmenté chez les nourrissons âgées de moins d'un an entre 2010 et 2014 et chez les plus de 24 ans entre 2010 et 2013, une diminution de l'incidence a été observée entre 2014 et 2015 dans ces groupes d'âge (2,43 à 1,66/100 000 chez les moins d'un an et 0,13 à 0,09/100 000 chez les plus de 24 ans). Par contre, l'incidence a augmenté dans les autres groupes d'âge, particulièrement chez les 5-14 ans (0,10 en 2014 à 0,22/100 000 en 2015).

La proportion d'hommes était de 45 % en 2015 (54 % en 2014, p = 0,11). Le ratio hommes/femmes ne diffère pas selon le groupe d'âge.

La proportion de purpura fulminans (une forme clinique particulièrement grave de l'infection à méningocoque) était de 31 % en 2015 (32 % en 2014). La létalité (proportion de décès parmi les cas) des infections dues au sérogroupe C était de 12 % en 2015 (13 % en 2014). Elle était de 7,5 % et de 22,9 % en absence ou en présence de purpura fulminans respectivement (cette différence est significative).

Par rapport à 2014, l'incidence des cas dus au sérogroupe C a été multipliée en 2015 d'un facteur 2 à 3 dans les régions suivantes : Franche-Comté, Lorraine, Auvergne, Rhône-Alpes, Limousin, Poitou-Charentes et Picardie. En 2015, c'est en Bretagne, Pays de la Loire et Auvergne que l'incidence était la plus élevée (> 0,30/100 000).

En Ile-de-France, l'incidence en 2015 des cas graves dus au sérogroupe C était de 15 cas et le taux d'incidence de 0,12/100 000 (au lieu de 27 cas et 0,22/100 000 en 2014). Cette baisse a concerné les hommes et les femmes. Un seul cas est survenu chez une femme appartenant au groupe d'âge 25-59 ans en 2015 en Ile-de-France.

Au total, l'incidence (nombre de nouveaux cas) des infections invasives à sérogroupe C en France reste donc élevée en France, en particulier dans la tranche d'âge des nourrissons âgés de moins d'un an, témoignant de l'absence de mise en place d'une immunité de groupe suffisante. Si une légère baisse d’incidence a été observée en 2015, on dénombre tout de même pendant les six denières années de surveillance (2010 à 2015) 77 cas chez le nourrisson de moins d'un an, dont 28 (36 %) cas de purpura fulminans et 8 (10,4 %) cas de décès (les cas guéris pouvant présenter des séquelles).

Les données de couverture vaccinale

La couverture vaccinale contre le méningocoque C progresse régulièrement depuis l'inscription de la vaccination antiméningococcique C dans le calendrier vaccinal, mais reste très insuffisante pour obtenir une immunité de groupe (ou immunité collective), condition indispensable pour protéger les tranches d'âge non vaccinées, c'est-à-dire surtout les nourrissons âgés de moins d'un an (alors que ceux-ci paient le plus lourd tribut à la maladie). La couverture vaccinale est en particulier très insuffisante chez les adolescents (11-13 ans) et les adultes jeunes (14-24 ans), qui sont à risque élevé d'infection grave à méningocoque C sur le plan individuel ; de plus, leur immunisation doit être considérée comme essentielle car elle participe à l'établissement d'une protection de groupe du fait de la fréquence du portage dans ces tranches d’âge et du rôle du portage dans la transmission interhumaine des méningocoques invasifs.

Une étude réalisée par Santé publique France a montré que la vaccination antiméningococcique C a permis d'éviter 128 cas à 257 cas d'infection grave à méningocoque C au cours de la période 2011 à 2013 ; mais une meilleure application des recommandations vaccinales aurait permis d'éviter 32 à 102 cas supplémentaires par an, et entre 11 et 45 décès au cours de cette période.

Au 31 décembre 2015, la couverture vaccinale contre le méningocoque C selon la tranche d'âge était estimée à :
  • 70 % à 24 mois (60 % en 2012) ;
  • 60 % chez les 3-9 ans (30 % en 2012) ;
  • 32 % chez les 10-14 ans (22 % en 2012) ;
  • 23 % chez les 15-19 ans (13 % en 2012) ;
  • 7 % chez les 20-24 ans (3 % en 2012). 

Les références