Un étude récente montre que les vaccins recommandés chez les jeunes enfants n'augmentent pas le risque d’autisme

Publié le 7 avr. 2013 à 16h40

Biographie

- Qualité : Docteur en médecine, biologiste médical (DES biologie 1992).
- Activité principale : biologiste médical, médecin de centre international de vaccinations
- Spécialités médicales : microbiologie, virologie, vaccinologie.

Liens d'intérêt

- Membre de commissions et comités :
Commission des maladies infectieuses et des maladies émergentes (Haut Conseil de la santé publique, 2017- en cours)
Comité technique de vaccinations (Haut Conseil de la santé publique, 2007-2017)
Groupe vaccins (ANSM, 2016-en cours)
- Liens avec l'industrie :
DPI consultable sur le site HCSP : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/Personne?clef=2329 Rémunérations directes par l’industrie : non.
A titre familial : aucun lien.

Contexte

A la fin des années 1990, la question d'une éventuelle association entre risque de déficits neuropsychologiques chez les jeunes enfants et exposition au vaccin trivalent rougeole-rubéole-oreillons a été soulevée.

Les études scientifiques effectuées alors n'ont pas mis en évidence de lien entre ces vaccins et le risque de désordres neuropsychologiques développés ultérieurement, dont l'autisme.

Cependant, les craintes des parents n'ont pas été écartées en raison du grand nombre de vaccins administrés, de leur point de vue, à leurs très jeunes enfants. 

Etude clinique

Une étude récente publiée par le docteur DeStefano et collaborateurs dans le journal américain de Pédiatrie (Journal of Pediatrics, 6 mars 2013) a eu pour objectif d'évaluer l'existence d'une association entre les troubles autistiques et le niveau de stimulation immunologique après vaccination des enfants de la naissance à l'âge de 2 ans.

Cette étude cas-témoins conduite aux Etats-Unis a inclus des enfants nés entre janvier 1994 et décembre 1999.

L'analyse des données a concerné 1.008 enfants alors âgés de 6 à 13 ans, soit 256 enfants présentant des troubles neuropsychologiques et 752 enfants témoins (sans troubles). Pour s'assurer que les deux groupes des enfants (cas et témoins) étaient comparables, ils ont été appariés sur l'âge, le sexe et les structures médicales de prise en charge. La quantité d'antigènes vaccinaux composant chaque vaccin a été déterminée. Le vaccin contre la coqueluche à germes entiers était le plus complexe par le nombre d'antigènes purifiés (anatoxine et adhésines) de Bordetella pertussis. Ainsi, le vaccin combiné diphtérique-tétanique-coquelucheux à germes entiers comprend 3.004 antigènes par dose vaccinale, alors que le nombre était de 4 antigènes pour chaque dose de vaccin combiné diphtérique-tétanique-coquelucheux acellulaire (c'est-à-dire ne contenant pas de cellules bactériennes entières). Le niveau de stimulation immunologique, stratifié sur l'âge des enfants, a été déterminé par la quantité totale d'antigènes vaccinaux administrés aux enfants et le nombre maximum d'antigènes vaccinaux administrés au cours d'une seule séance vaccinale alors qu'ils étaient âgés de moins de 2 ans.

Résultats

Aucune association n'a été retrouvée entre le risque de développer des troubles du spectre autistique et la quantité d'antigènes vaccinaux administrés au total jusqu'à l'âge de 2 ans ou administrés en une seule séance vaccinale. Cette absence d'association a également été retrouvée pour une exposition cumulée aux antigènes vaccinaux de 0 à 3 mois, ou de 0 à 7 mois.

Le vaccin coquelucheux à germes entiers étant celui qui contenait le plus grand nombre d'antigènes vaccinaux, l'analyse spécifique sur ce vaccin n'a pas retrouvée d'association entre le nombre total de doses reçues par les enfants jusqu'à l'âge de 2 ans : 3 doses étaient recommandées selon le calendrier vaccinal américain des années 1996-1999, comme dans le calendrier vaccinal français.

Les conclusions de cette étude ne sont pas uniques ; ils confirment des données antérieures. Les préoccupations des parents peuvent être levées, tout en sachant que la survenue d'effets indésirables post-vaccinaux font l'objet d'une vigilance spécifique au niveau national (agence nationale de sécurité des médicamants et des produits de santé en France) et internationale (agence européenne des médicaments).

Evolution de la question avec les calendriers vaccinaux actuels (2012)

Bien que le nombre de vaccins administrés aux enfants jusqu'à l'âge de 2 ans ait augmenté par comparaison avec les calendriers en cours à la fin des années 1990, le nombre d'antigènes vaccinaux reçus par les enfants a été divisé par un facteur 50 à 100. Le vaccin coquelucheux à germes entiers n'est actuellement plus utilisé dans les pays industrialisés ; les vaccins les plus récents sont constitués d'antigènes très purifiés. Ainsi, les vaccins méningococciques C conjugués contiennent deux antigènes (le polyoside C et la protéine de conjugaison) par dose vaccinale.

Par ailleurs, le risque de développement de troubles autistiques par hyperstimulation du système immunitaire n'est pas corrélé à la connaissance actuelle de la neurobiologie de ces troubles. Les travaux scientifiques les plus récents avancent l'existence de prédispositions génétiques avec un risque plus élevé pour les frères et sœurs d'un enfant autiste de développer des troubles autistiques et l'identification de gènes impliqués dans la formation et le maintien des connexions neuronales.

Source : Frank DeStefano, Age at First Measles-Mumps-Rubella Vaccination in Children With Autism and School-Matched Control Subjects: A Population-Based Study in Metropolitan Atlanta. Journal of Pediatrics, 6 mars 2013.